Seize ateliers municipaux disponibles, 186 dossiers de candidature déposés. Le chiffre, publié par la Ville de Marseille pour la session 2023-2025, dit à peu près tout de la pression qui s’exerce sur la scène locale. Car le peintre marseillais contemporain n’est plus, depuis longtemps, le paysagiste du Vieux-Port que le cliché veut encore. C’est un artiste de collection publique, un fabricant de fictions, une portraitiste de rue. Voici qui ils sont, où les voir et ce que coûte réellement une toile.
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Ce qu’il faut retenir
- Technique signature : une peinture de la lumière et de la matière, nourrie par le port, le chantier et l’atelier plutôt que par le motif provençal.
- Figures phares : Gérard Traquandi, Gilles Barbier, Karine Rougier, Mahn Kloix.
- Lieux : la Friche la Belle de Mai, le musée Cantini, Double V Gallery, la galerie David Pluskwa, les ateliers municipaux.
- Rendez-vous : Art-o-rama, 20e édition du 28 au 30 août 2026 à la Friche.
Qu’est-ce qu’un peintre marseillais contemporain aujourd’hui ?
Un peintre marseillais contemporain est un artiste qui vit et travaille à Marseille, dont la pratique s’inscrit dans l’art d’aujourd’hui — abstraction, figuration narrative, peinture murale, dessin élargi — et non dans la tradition du paysage provençal héritée du XIXe siècle. La nuance compte, parce qu’elle sépare deux marchés qui ne se croisent presque jamais.
D’un côté, une peinture régionaliste de calanques et de barques, toujours vendue en galerie touristique. De l’autre, une scène adossée aux institutions : l’École supérieure d’art et de design Marseille-Méditerranée, les FRAC, le musée Cantini, les résidences de la Friche. Ces deux mondes utilisent les mêmes pigments. Ils ne parlent pas la même langue.
Marseille a mis du temps à assumer ce basculement. La ville n’avait pas de foire, pas de quartier de galeries identifié, pas de collectionneurs organisés. Elle avait des ateliers bon marché et une lumière que les peintres du Nord venaient chercher. C’est précisément ce déficit d’infrastructure qui a fabriqué la scène actuelle : les artistes sont venus pour l’espace, ils sont restés pour le réseau qu’ils ont fini par créer eux-mêmes.
Qui sont les peintres marseillais contemporains à connaître ?
Quatre noms structurent aujourd’hui la scène, avec quatre pratiques radicalement différentes.
Gérard Traquandi, le peintre de la matière
Né à Marseille en 1952, formé à l’École des beaux-arts de la ville, Gérard Traquandi partage sa vie entre Marseille et Paris. Sa peinture, souvent abstraite, travaille le dépôt, la trace, la transparence. Elle refuse le geste spectaculaire. Ses œuvres figurent dans les collections du Centre Pompidou, de la Maison européenne de la photographie, du MAC VAL et de plusieurs FRAC. Le musée Cantini lui a consacré une exposition monographique, Ici, là, jusqu’au 26 septembre 2021.
Interrogé par la Gazette Drouot en 2019, il ramenait tout à une discipline première : « Le dessin est fondateur. C’est une discipline qui vous rend attentif aux choses. » Presque une méthode de vie. Son travail est notamment présenté à Marseille par la Double V Gallery.
Gilles Barbier, le fabricant de mondes
Né en 1965 à Port-Vila, au Vanuatu, arrivé en France à vingt ans, Gilles Barbier vit et travaille à Marseille, dans un atelier de la Friche la Belle de Mai. Sa pratique déborde largement le tableau — sculpture, installation, gouache recopiée du dictionnaire page après page — mais elle reste celle d’un peintre au sens du geste. Chez lui, chaque œuvre est la version visible de toutes ses versions possibles. Il est représenté par la galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois.
Karine Rougier, l’huile sur bois et le merveilleux
Née à Malte en 1982, élevée en Côte d’Ivoire, formée aux arts décoratifs de Genève puis à l’École supérieure d’art d’Aix-en-Provence, Karine Rougier est installée à Marseille. Elle peint à l’huile sur bois, en petits formats denses, peuplés de corps, d’animaux et de matière terrestre. Elle a représenté Malte à la Biennale de Venise en 2017 et reçu le Prix Drawing Now en 2022. La galerie Les Filles du Calvaire la représente.
Mahn Kloix, le portrait monumental
Né à Paris en 1980, installé à Marseille, Mahn Kloix peint sur les murs de la ville des portraits géants de figures engagées : la militante ouïghoure Tursunay Ziawudun, l’agriculteur Cédric Herrou, la chanteuse kurde Nûdem Durak. Un trait dessiné, jamais tracé au pochoir, et une palette qui va du blanc au noir par toute la gamme des gris. Sa filiation avec les pionniers du pochoir français, de Blek le Rat aux générations suivantes, est revendiquée autant que déplacée : chez lui, le mur sert un récit documentaire.
Quelles techniques distinguent la peinture marseillaise contemporaine ?
Pas de style unique, mais une constante : le rapport à la lumière et à la matière brute. La lumière méditerranéenne écrase les volumes à midi et les sculpte à six heures du soir. Les peintres installés ici composent avec cette violence optique, comme l’avait fait avant eux Nicolas de Staël face au Sud.
Trois traits reviennent :
- Les supports pauvres : bois de récupération, carton, mur enduit, bâche. L’héritage des ateliers précaires est devenu un parti pris esthétique.
- Le grand format : les volumes industriels de la Friche, des docks et des anciens entrepôts ont autorisé des toiles que les ateliers parisiens ne permettent pas.
- La porosité des médiums : peindre, photographier, sérigraphier, sculpter. Un atelier d’édition comme Tchikebe, installé à Marseille, a fait de la sérigraphie d’art un prolongement naturel de la peinture locale.
Ce refus de la spécialisation surprend les collectionneurs venus chercher « une toile ». Ils repartent souvent avec une estampe, un dessin, une pièce hybride. Ce n’est pas un lot de consolation : c’est le cœur de la pratique.
Où voir les peintres marseillais contemporains ?
Cinq points d’entrée suffisent à comprendre la scène.
- La Friche la Belle de Mai : ancienne manufacture de tabac devenue fabrique artistique, elle abrite ateliers, expositions et la foire Art-o-rama, dont la 20e édition s’est tenue du 28 au 30 août 2026 avec plus de soixante galeries et éditeurs.
- Le musée Cantini : la référence publique pour l’art moderne et contemporain à Marseille, hôtel particulier du XVIIe siècle rue Grignan.
- Double V Gallery : fondée en 2017 dans le quartier des antiquaires, elle a depuis ouvert un espace à Paris tout en revendiquant ses racines méditerranéennes.
- La galerie David Pluskwa : peinture du XIXe et du XXe, orientalisme, école de Paris d’après-guerre, figuration narrative et art urbain.
- Les ateliers d’artistes de la Ville : seize espaces loués à des plasticiens de moins de 35 ans pour vingt-trois mois, dans les 2e, 4e et 6e arrondissements. Leurs portes ouvertes sont le meilleur moyen d’acheter directement à l’atelier.
Comment décorer son intérieur avec l’œuvre d’un peintre marseillais contemporain ?
La règle est simple : ces peintures supportent mal l’éclairage frontal. Elles ont été conçues sous une lumière rasante et changeante, et c’est cette variation qu’il faut recréer.
- Éclairage : privilégier un spot orientable à 30° du mur plutôt qu’un cadre lumineux. Sur une toile texturée, la lumière rasante révèle le relief ; la lumière frontale l’aplatit.
- Mur : un blanc cassé ou un enduit à la chaux sert mieux ces œuvres qu’un mur coloré. Les grands formats abstraits demandent au moins un mètre de dégagement de chaque côté.
- Styles compatibles : intérieurs minimalistes, bruts, méditerranéens, mais aussi haussmanniens — le contraste entre moulures et abstraction fonctionne remarquablement bien.
- Accrochage : centre de l’œuvre à 1,50 m du sol, hauteur d’œil moyenne. Pour un petit format sur bois, type Karine Rougier, l’accrochage bas, à hauteur de console, crée une intimité que le mur nu détruit.
- Encadrement : caisse américaine en bois brut pour les toiles, marie-louise généreuse pour les œuvres sur papier. Éviter le verre brillant, qui renvoie la pièce plutôt que l’œuvre.
Quels sont les prix et la cote d’un peintre marseillais contemporain ?
Les ordres de grandeur varient d’un facteur cent selon le segment. Le tableau ci-dessous donne des fourchettes indicatives observées en galerie et lors des ouvertures d’ateliers : ce ne sont pas des cotes officielles, et seule une maison de vente ou un expert peut valider un prix précis.
| Segment | Type d’œuvre | Fourchette indicative |
|---|---|---|
| Jeune diplômé, vente d’atelier | Petit format, papier ou bois | 200 à 1 500 € |
| Artiste émergent en galerie | Toile format moyen | 2 000 à 8 000 € |
| Estampe et sérigraphie d’art | Tirage numéroté et signé | 150 à 1 200 € |
| Artiste en collection publique | Grand format récent | 10 000 à 60 000 € |
Le marché marseillais reste accessible, et c’est sa principale singularité. Un artiste exposé dans une institution nationale s’y négocie souvent moins cher qu’un artiste parisien de notoriété comparable, faute de collectionneurs locaux en nombre. La spéculation y est faible. Pour un premier achat, c’est plutôt une bonne nouvelle.
Où acheter ? Directement à l’atelier lors des portes ouvertes, en galerie pour la sécurité juridique du certificat d’authenticité, en salle des ventes provençale pour le second marché. Attention, dans ce dernier cas, aux homonymies et aux attributions hâtives : le nom « école marseillaise » recouvre tout et n’importe quoi dans les catalogues.
À retenir
- Le peintre marseillais contemporain travaille l’abstraction, le mur et la matière, pas le paysage provençal.
- Quatre figures à suivre : Traquandi, Barbier, Rougier, Kloix.
- Comptez 200 à 8 000 € pour une première acquisition sérieuse, bien en deçà des prix parisiens.
- Les portes ouvertes d’ateliers restent le meilleur point d’entrée pour acheter et rencontrer les artistes.
FAQ
Comment reconnaître un peintre marseillais contemporain d’un peintre provençal traditionnel ?
Regardez le support et le format. Le peintre provençal traditionnel travaille la toile tendue en format cabinet, sur motif. Le peintre marseillais contemporain utilise souvent des supports pauvres, des grands formats, et n’a pas de « sujet » identifiable au premier regard.
Faut-il un certificat d’authenticité pour acheter l’œuvre d’un peintre marseillais contemporain ?
Oui, dès que le prix dépasse quelques centaines d’euros. Une galerie le fournit systématiquement. À l’atelier, demandez-le : un artiste professionnel l’établit sans difficulté, avec titre, dimensions, technique, date et signature.
Où voir gratuitement des peintres marseillais contemporains ?
Les expositions de la Friche la Belle de Mai, les portes ouvertes d’ateliers organisées chaque année dans l’agglomération, et les murs de la ville pour les peintures monumentales de Mahn Kloix, notamment dans les 1er et 3e arrondissements.
Un achat à Marseille est-il un bon investissement ?
Prudence. La cote d’un artiste vivant dépend de sa diffusion en galerie et de ses entrées en collection publique, pas de sa ville. Achetez pour l’œuvre. La plus-value éventuelle viendra en supplément, ou ne viendra pas.
Comment entretenir une peinture contemporaine sur support pauvre ?
Évitez l’exposition directe au soleil et les variations d’humidité. Un bois non traité ou un carton se déforme vite en bord de mer. Un encadrement sous verre anti-UV, avec espaceur, règle la plupart des problèmes.
Reste une question que la scène locale n’a pas encore tranchée. Marseille a fabriqué sa peinture avec des ateliers bon marché et un immobilier oublié. Les loyers montent, les entrepôts se transforment en logements, et les 186 candidats pour seize ateliers ne sont pas seulement le signe d’une vitalité : ils mesurent aussi un étranglement. La question n’est plus de savoir si Marseille produit des peintres. C’est de savoir combien de temps encore elle pourra se permettre de les loger.

