Installation suspendue en plexiglas fluo évoquant l'univers de Valentina Canseco

Valentina Canseco : l’artiste qui change une cagette en paysage de lumière

Temps de lecture estimé : 7 minutes

Valentina Canseco est une artiste plasticienne franco-brésilo-chilienne née à Paris en 1985, dont le travail consiste à élever des objets de rebut — cagettes, portes, bouées — au rang de paysages lumineux, en peinture comme en sculpture. Diplômée de la Sorbonne, repérée au Salon de Montrouge en 2017, elle est aujourd’hui représentée par la 193 Gallery. Voici son parcours, sa méthode de travail, ses séries majeures et ce que valent ses œuvres.

Ce qu’il faut retenir

  • Technique signature : le PMMA (plexiglas) fluorescent découpé, associé au pistolet à peinture et au bronze.
  • Série phare : les Matrices, nées de la cagette de maraîcher, déclinées depuis 2017 sur plus de quatre-vingt-dix numéros.
  • Style : entre peinture, sculpture et installation ; une abstraction chromatique nourrie de matériaux pauvres.
  • Galeries : 193 Gallery (Paris, Venise, Saint-Tropez), Galerie Julie Caredda ; collections Ville de Metz et Fondation Villa Datris.

Qui est réellement Valentina Canseco ?

Une cagette de maraîcher ramassée sur un trottoir de l’île Saint-Denis. C’est de cet objet-là, le plus banal qui soit, que Valentina Canseco a tiré une œuvre exposée au Grand Palais. Rien ne prédisposait ce cageot à devenir une matrice.

Valentina Canseco naît à Paris en 1985, de parents brésilien et chilien. Avant la Sorbonne, où elle décroche son diplôme en arts plastiques, elle étudie en Belgique puis en Colombie — un détour qui compte. À Medellín, elle obtient en 2011 la VIIIe bourse de création en arts visuels de la ville, catégorie dessin et gravure. Ses premières pièces sont montrées la même année au MAMM et à la biennale MDE11, dans un espace indépendant du quartier de Casa Tres Patios.

Le retour en France se joue dans la banlieue nord. Installée sur l’île Saint-Denis, puis au 6B, elle travaille à partir de ce qui l’entoure : chantiers, bidons, caddies, tôle ondulée. En 2017, le 62e Salon de Montrouge la sélectionne et lui attribue la bourse de production Gojiki. La critique du Monde Emmanuelle Lequeux résume alors sa méthode : l’artiste « s’empare des matériaux les plus humbles, de toutes les constituantes de son paysage quotidien, pour les inviter à un autre voyage ».

Suit un enchaînement rapide. Pavillon français de la Biennale d’architecture de Venise en 2018, avec le collectif AAAAA!. Fondation Villa Datris en 2020. Basilique Saint-Vincent de Metz en 2021. Puis la 193 Gallery, Art Genève, Poush à Aubervilliers où elle a son atelier, et en 2025 une exposition-atelier à mille formes, à Clermont-Ferrand, coproduite avec le Centre Pompidou. Pour un public de zéro à six ans. Le grand écart est assumé.

Quelle est la technique de Valentina Canseco ?

La technique de Valentina Canseco repose sur un oxymore matériel : le plexiglas fluorescent, matière industrielle bon marché, traité avec le soin que l’on réserve d’ordinaire au marbre. Elle l’appelle par son nom technique, le PMMA, et le découpe, le plie, le suspend, le fait vibrer.

Elle s’en est expliquée en 2019, lors de sa carte blanche à la Vitrine DD : « Je privilégie les matières brutes, les formes archaïques, la ligne, le contraste et une simplicité dans le traitement pictural pour permettre une certaine radicalité dans mon propos. Le fluo m’est apparu en contrepoint du noir et blanc et l’utilisation du PMMA comme un oxymore du matériau dit pauvre. J’aime l’idée d’allier les contraires comme une fatalité, Eros et Thanatos. »

En peinture, le geste a changé d’échelle. Depuis 2023, elle peint au pistolet, debout, parfois à même le sol, sur des surfaces qui dépassent son propre corps — dix mètres sur quatre pour Variation I, à la galerie Julie Caredda. La commissaire Margaux Knight parle d’« un geste cathartique qui engage tout le corps jusqu’à l’épuisement ». Le spectateur, lui, est invité à marcher sur l’œuvre.

Trois familles de matériaux reviennent :

  • Le PMMA coloré et fluorescent, découpé au laser, pour les sculptures et les installations suspendues.
  • Le bronze, qui fige en métal noble une cagette ou une canette — Paysage recyclé 5, 2017.
  • L’acrylique projetée, pour les toiles de la série Matrices et les fresques au sol.

Le verre est arrivé plus récemment, pour sa malléabilité et sa façon de « dessiner l’espace » par la lumière plutôt que par la ligne.

Qu’est-ce qui inspire Valentina Canseco ?

Ce qui inspire Valentina Canseco, ce n’est pas la nature intacte mais la nature recomposée : le paysage urbain en marge des villes, ce qu’il reste quand le chantier est parti. Elle le dit sans détour à propos de ses installations faites de rebuts : « Nous questionnons ainsi ce qu’il reste d’un aménagement privé et dans quelle mesure ce qui est déchet peut se révéler être un moyen de renouveau, de rêve et de réappropriation. »

Il y a aussi la musique, et c’est peut-être la clé. Elle perçoit les couleurs comme des sons et parle de ses toiles comme de « partitions de l’invisible ». Formule élégante — sauf qu’elle est à prendre au pied de la lettre : la chercheuse en études théâtrales Eve Mascarau a bâti tout un texte sur cette idée, en ouverture duquel l’artiste lâche cette phrase : « La peinture est silencieuse en apparence. »

Troisième source, plus souterraine : la spiritualité. Pas celle des églises, celle des objets déchus. « Je dessine la matrice avec la lumière, derrière la porte, son squelette, ce qu’il reste d’elle, son “âme”, la lumière porte en elle une certaine spiritualité, j’aime l’idée de redonner la vie à ce qui est déchu. » On comprend mieux pourquoi une basilique l’attendait.

Enfin, l’Amérique latine. Les traditions chromatiques brésiliennes et chiliennes irriguent ses choix de couleurs, souvent saturées, parfois agressives, jamais décoratives. C’est un héritage familial autant qu’un parti pris plastique — une filiation que l’on retrouve chez d’autres explorateurs du quotidien détourné, à commencer par Bertrand Lavier.

« Paysage immatériel », l’œuvre qui a changé son échelle

À l’été 2021, la basilique Saint-Vincent de Metz accueille Paysage immatériel, dans le cadre du festival international d’arts Constellations. Quarante plaques de PMMA noir, jaune et vert suspendues dans la nef, à plusieurs mètres du sol. Le chiffre surprend : quarante panneaux seulement suffisent à occuper tout le vaisseau central.

L’effet tient à la lumière. Le cœur de l’installation, d’un jaune-vert fluorescent, s’assombrit à mesure qu’il descend vers les visiteurs — comme une lumière divine qui se densifie en touchant terre. L’artiste détourne ainsi le vocabulaire du vitrail sans en utiliser un seul fragment.

La réception a été nette : l’œuvre est entrée dans les collections de la Ville de Metz. Pour une artiste alors âgée de trente-six ans, dont le matériau de base coûte quelques euros le mètre carré, c’est une bascule. Elle passe des galeries de l’espace public aux commandes institutionnelles — et son travail prend définitivement la mesure de l’architecture, cette « rencontre entre le corps vivant et le corps architectural » que ses commissaires ne cessent de pointer.

Depuis, la série s’est prolongée : Paysage photosynthétique pour un immeuble de Ferney-Voltaire en 2023, Les Flammes vertes à Clermont-Ferrand en 2025, et une place dans l’exposition collective Un reflet derrière une chimère au Grand Palais la même année.

Comment décorer son intérieur avec les œuvres de Valentina Canseco ?

Une œuvre de Valentina Canseco demande de la lumière et du vide autour d’elle. C’est la contrainte principale : ses toiles fluorescentes et ses pièces en PMMA réagissent violemment à l’éclairage ambiant, et un accrochage mal pensé les éteint.

Quelques repères concrets :

  • Lumière rasante plutôt que frontale. Un spot orienté à 30° fait ressortir les reliefs du plexiglas ; un éclairage de face aplatit tout.
  • Mur neutre, mat, clair. Blanc cassé ou gris perle. Le fluo a besoin d’un fond sourd pour exister, pas d’un mur coloré qui lui dispute l’attention.
  • Un seul format par mur. Les Matrices de petit format (40 × 30 cm) supportent mal le mur de cadres : leur géométrie entre en conflit avec les voisines.
  • Hauteur d’œil stricte. Centre de l’œuvre à 150 cm du sol, surtout pour les pièces translucides dont la lecture change avec l’angle.

Côté styles d’intérieur, l’accord est évident avec les ambiances minimalistes, le béton ciré, le mobilier des années 1950 en bois clair. Plus inattendu mais très efficace : un intérieur haussmannien classique, où le contraste entre moulures et plexiglas fluo fonctionne comme une collision maîtrisée. À éviter, en revanche, les décors déjà très chargés en motifs.

Pour une sculpture en PMMA, pensez au sol et aux reflets : posée sur un socle bas, près d’une fenêtre, la pièce projette ses couleurs sur le parquet au fil de la journée. C’est là que l’œuvre travaille vraiment. Le même raisonnement vaut pour les pièces géométriques et lumineuses de Vera Molnár, autre Parisienne d’adoption passée de la rigueur à la vibration.

Quelle est la cote de Valentina Canseco sur le marché de l’art ?

La cote de Valentina Canseco se situe aujourd’hui dans la fourchette basse du marché émergent : comptez environ 2 000 € pour une petite toile, les formats plus ambitieux et les sculptures étant proposés sur demande par sa galerie. Aucun résultat d’enchères publiques significatif n’est référencé à ce jour : son marché est presque exclusivement primaire, c’est-à-dire en galerie.

Type d’œuvre Période Prix observés
Acrylique sur toile, petit format (40 × 30 cm) 2020-2024 env. 1 700 £, soit près de 2 000 € (annonce ArtMajeur, 2026)
Série Matrices, format moyen (120 × 85 cm) 2024-2026 Prix sur demande (193 Gallery)
Sculptures PMMA, bronze, céramique 2017-2024 Prix sur demande, pièces souvent uniques
Installations in situ et commandes publiques 2021-2025 Sur devis, non communiqué

Le marché est donc accessible, mais peu liquide. Acheter une Canseco aujourd’hui relève du pari sur une carrière institutionnelle en construction plutôt que du placement spéculatif. Les signaux favorables existent : entrée dans les collections de la Ville de Metz et de la Fondation Villa Datris, présence au Grand Palais en 2025, coproduction avec le Centre Pompidou. Les signaux de prudence aussi : absence d’historique en salle des ventes et prix non publics, qui rendent toute revente incertaine à court terme.

Où acheter ? Principalement chez 193 Gallery, rue Béranger à Paris, qui la représente et la montre sur les foires (Art Paris, Art Genève, Luxembourg Art Fair). La Galerie Julie Caredda a également présenté ses solos. Quelques pièces circulent sur les plateformes en ligne, à vérifier au cas par cas. Son site personnel reste la source la plus fiable pour suivre les expositions en cours.

À retenir

  • Petite toile : autour de 2 000 € ; tout le reste se négocie sur demande en galerie.
  • Aucun résultat d’enchères publiques : marché primaire, donc peu liquide.
  • Validation institutionnelle réelle (Metz, Villa Datris, Grand Palais, Centre Pompidou).
  • 193 Gallery est l’interlocuteur principal pour une acquisition.

FAQ

Quel est le matériau de prédilection de Valentina Canseco ?
Le PMMA — le plexiglas — dans ses versions colorées et fluorescentes. Elle l’utilise découpé et suspendu, en contrepoint du noir et blanc de ses dessins. Le bronze et l’acrylique projetée au pistolet complètent sa palette technique.

Que représente la cagette dans son travail ?
C’est son motif fondateur. Elle en extrait un module géométrique qu’elle décline à l’infini, d’où le nom de la série Matrices, qui dépasse aujourd’hui le numéro 90. La cagette devient grille, fenêtre, horizon, selon l’échelle.

Où voir des œuvres de Valentina Canseco en 2026 ?
Chez 193 Gallery à Paris, Venise et Saint-Tropez, qui la représente. Ses pièces figurent aussi dans les collections de la Ville de Metz et de la Fondation Villa Datris, à L’Isle-sur-la-Sorgue.

Valentina Canseco est-elle une artiste française ?
Elle est née à Paris en 1985 et vit en région parisienne, mais elle revendique ses origines brésilienne et chilienne, qui nourrissent directement son rapport à la couleur. Sa formation s’est faite entre la France, la Belgique et la Colombie.

Peut-on commander une œuvre sur mesure ?
Oui, l’artiste travaille régulièrement sur commande publique et privée, du dispositif in situ à la fresque. Paysage photosynthétique, réalisée en 2023 pour un immeuble de Ferney-Voltaire dans le cadre du dispositif « 1 immeuble, 1 œuvre », en est un bon exemple.

Reste une question que son travail pose sans jamais y répondre : si une cagette abandonnée peut devenir un paysage, que dit cela de tout ce que nous jetons sans regarder ?