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Savary peintre, c’est d’abord Robert Savary (1920-2000), prix de Rome 1950, peintre officiel de la Marine et figure discrète de la Nouvelle École de Paris. Un coloriste qui a passé sa vie à traquer la lumière, du Sacré-Cœur aux collines de Grasse, et dont le nom reste attaché à une génération de peintres figuratifs d’après-guerre. Voici son parcours, sa technique, ses motifs de prédilection, et ce que valent aujourd’hui ses toiles en salle des ventes.
Ce qu’il faut retenir
- Technique signature : une peinture claire, sans dessin sous-jacent, où la forme se dissout dans la vibration colorée.
- Motifs phares : les jardins de Magagnosc au-dessus de Grasse, les places parisiennes, la cathédrale de Rouen, les ports et la mer.
- Style : figuration lyrique issue de l’impressionnisme, dans la filiation revendiquée de Bonnard.
- Galeries historiques : Bernier, Drouant-David, Charpentier, Paul Ambroise, Colette Dubois (Paris), Rollin (Rouen), Triade (Barbizon).
- Cote 2026 : la plupart des huiles s’échangent entre 150 et 1 200 €, avec des pics rares au-delà de 2 000 €.
Qui est réellement Savary, le peintre de la Nouvelle École de Paris ?
Un professeur des Beaux-Arts de Rouen regarde une élève de quinze ans mélanger ses couleurs sur une palette, et lui lance : « Tu n’as pas de quoi être fière, c’est un don. » L’élève s’appelle Anny Duperey. Le professeur, Robert Savary. Soixante ans plus tard, la comédienne consacre un chapitre entier de son livre à cet homme qu’elle décrit comme « un type formidable », et rapporte l’autre phrase qu’il lui avait dite : « On a la même palette » (entretien à Paroles d’Actu, 7 octobre 2026).
Robert Savary naît le 20 avril 1920 à Paris, rue de Trétaigne, sur les pentes de Montmartre. Son père dirige un atelier de carrosserie à Aubervilliers ; sa mère l’encourage vers le dessin. L’enfance se partage entre une école religieuse d’Aubervilliers et les dimanches dans une propriété familiale à Saintry-sur-Seine — qu’il appellera plus tard « le paradis de son enfance ». C’est là qu’il brosse ses premiers tableaux.
En 1935, il entre à l’École Boulle. Puis, diplômé en mai 1939, aux Beaux-Arts de Paris, où il passe successivement dans les ateliers de Fernand Sabatté, de Nicolas Untersteller, enfin de Maurice Brianchon. Ce dernier compte. En 1941, Savary s’installe dans un atelier de la rue du Saint-Gothard et expose au tout premier Salon des moins de trente ans, aux côtés de Lucien Fontanarosa, Pierre Lesieur et Claude Schürr. Ils resteront amis toute leur vie.
Les récompenses s’enchaînent ensuite assez vite. Prix de la Casa de Velázquez en 1948, puis le Premier grand prix de Rome de peinture en 1950, obtenu ex æquo avec Françoise Boudet, sur le sujet imposé Dans la nature des jeunes filles expriment le retour du printemps. Suivent trois années à la Villa Médicis.
À son retour, à l’automne 1954, il prend un poste d’enseignant de dessin à l’école régionale des beaux-arts de Rouen, dont il deviendra directeur honoraire. Il y restera des décennies. C’est ce double statut — peintre parisien et professeur normand — qui explique la place singulière qu’il occupe : assez coté pour exposer chez Charpentier et Drouant-David, assez discret pour n’avoir jamais cherché la position de chef de file. Il meurt le 28 mai 2000 au Petit-Quevilly, près de Rouen.
Quelle est la technique du peintre Savary ?
La technique de Savary peintre tient en une phrase : il peint sans dessiner. Pas d’armature graphique sous la couleur, pas de cerne noir, pas de glacis. La forme naît de l’accord des tons, et rien d’autre.
Le critique Yvon Taillandier l’avait noté très tôt, en le comparant à ses contemporains : « Savary appartient au même groupe que Verdier, Aïzpiri, Buffet, de Rosnay. Mais, alors que l’élément graphique tient une grande place dans l’œuvre de ces peintres, il n’en a presque aucune dans l’œuvre de Savary. » La différence est décisive. Là où Bernard Buffet impose sa griffe noire, Savary laisse la lumière manger les contours.
Concrètement, sa méthode alterne deux régimes de surface : des aplats unis de couleur vive, et des zones où se juxtaposent de larges touches contrastées — un héritage direct des premiers impressionnistes. La perspective, elle, reste classique. Pas de déformation, pas de mise à plat moderniste : l’espace est lisible, c’est la matière qui vibre.
Reste le point le plus singulier, et le plus difficile à obtenir : son traitement du blanc. Le Dictionnaire Bénézit cite à ce propos Raymond Cogniat : « Le blanc devient pour lui une couleur, comme il l’était pour Bonnard, riche de subtilités ; une manière de mettre en valeur toute la gamme de tons et de les accorder par la lumière, par la fraîcheur. » Là où tant de peintres d’après-guerre réhabilitaient le noir — on pense évidemment à l’autre versant du siècle, celui qu’incarne l’œuvre de Pierre Soulages —, Savary fait le pari inverse.
Son outillage suit la même logique de clarté : huile sur toile pour les grands formats, gouache et aquarelle pour les notes de voyage, lithographie chez Fernand Mourlot pour les livres illustrés. Il pratique aussi la fresque murale et le vitrail, en collaboration avec le maître-verrier Guy Quesneville à la fin des années 1950.
D’où le peintre Savary tire-t-il ses inspirations ?
De l’impressionnisme, d’abord, et il l’a dit lui-même. Rapportés par Taillandier, ses mots sont sans détour : « À cette époque, je ne voyais qu’eux et j’avais tendance à négliger tout le reste. » Le séjour romain avait pourtant failli l’emmener ailleurs — à la Villa Médicis, il copie des fresques byzantines — mais il s’en dégage volontairement pour revenir à cette passion de jeunesse pour la lumière décomposée. Les amateurs de cette filiation retrouveront d’ailleurs le même goût du motif végétal baigné de soleil chez les peintres de jardins impressionnistes.
Ensuite, le Sud. Chaque été, Savary monte à Magagnosc, un village perché aux portes de Grasse, dans les Alpes-Maritimes. Cette luxuriance presque tropicale devient son laboratoire. Le critique Patrice Dubois y voyait la clé de son appartenance « à une tradition particulière de la peinture française, celle de la peinture claire, faite de plaisir et de rayonnement ». Il peint aussi, pour la chapelle des Pénitents blancs du village, un ensemble de fresques murales en 1972.
Enfin, la mer et l’amitié. Nommé peintre officiel de la Marine en 1987 — après une médaille d’argent puis une médaille d’or au Salon de la Marine —, il ajoute les ports, les coques et les gréements à son répertoire. Ses complicités avec René Aberlenc, Paul Collomb et Paul Guiramand, et sa fidélité de plus de quarante ans au Salon Comparaisons où l’invitait Maurice Boitel, ont nourri un dialogue permanent avec la peinture figurative de son temps. La technique de l’aquarelle rapide, pratiquée en voyage, le rapproche par certains côtés des aquarellistes italiens qu’il a côtoyés à Rome.
Quelles sont les œuvres phares de Savary peintre ?
Il n’y a pas, chez Savary, de série unique facilement identifiable à la manière d’un Soulages ou d’un Buffet. Son œuvre phare est plutôt un motif récurrent : le paysage méditerranéen de Magagnosc, repris pendant plus de trente étés, décliné en jardins, terrasses et collines.
À côté de ce fil conducteur, trois ensembles ressortent nettement :
- Les grandes commandes murales. La Mer, deux panneaux de 700 × 200 cm peints sur toile marouflée pour le lycée Claude-Monet du Havre en 1969 ; une fresque de 2000 × 700 cm à Montivilliers ; les sept scènes bibliques de la chapelle des Pénitents blancs de Magagnosc.
- Les envois de Rome. Présentés aux Beaux-Arts de Paris en novembre 1953, vingt-sept œuvres dont La Vierge noire, une huile monumentale de 300 × 400 cm.
- Les livres illustrés. Des lithographies pour Vol de nuit de Saint-Exupéry (1957), Les Faubourgs de Paris d’Eugène Dabit (1970, 125 exemplaires) et Colline de Jean Giono (1977, 190 exemplaires), toutes tirées chez Mourlot.
Côté reconnaissance institutionnelle, ses toiles figurent notamment au musée des beaux-arts et d’archéologie de Besançon (donation George et Adèle Besson, en dépôt du Musée national d’art moderne), au musée d’art moderne de Collioure avec L’Été sur la plage, et au musée d’art moderne Richard Anacréon de Granville, qui en conserve onze. Une rétrospective de 77 peintures lui avait été consacrée au musée Maximilien-Luce de Mantes-la-Jolie dès 1983.
Comment décorer son intérieur avec les œuvres de Savary ?
Une toile de Savary demande de la lumière naturelle, et pas grand-chose d’autre. Sa palette claire — roses, verts acides, ocres, blancs rompus — s’éteint sous un éclairage trop chaud ou trop ponctuel.
Quelques principes simples, issus de ce que sa peinture exige :
- Murs clairs, jamais blanc pur. Un blanc cassé, un lin ou un gris très pâle laissera respirer les blancs du tableau. Sur un mur blanc éclatant, ils s’annulent.
- Lumière diffuse et froide. Privilégiez un mur perpendiculaire à une fenêtre, ou un éclairage LED en 4000 K à faisceau large. Les spots halogènes très chauds jaunissent ses verts.
- Styles compatibles. Intérieurs classiques revisités, appartements haussmanniens, maisons de campagne, décors méditerranéens. Les paysages de Magagnosc fonctionnent remarquablement dans une pièce à vivre ; les scènes parisiennes supportent mieux un couloir ou un bureau.
- Accrochage. Centre de la toile à 1,50 m du sol. Pour un format moyen (54 × 65 cm environ), gardez au moins 60 cm d’espace libre de chaque côté : ses compositions ont besoin de vide pour ne pas sembler étouffées.
- Encadrement. Une baguette bois naturel ou dorée patinée, fine. Les caisses américaines noires, très en vogue, écrasent sa gamme claire.
Un dernier conseil, de bon sens celui-là : évitez le plein soleil direct. Les huiles des années 1950-1970 y perdent leurs roses en quelques saisons.
Quelle est la cote de Savary peintre en 2026 ?
La cote de Savary peintre reste modeste et très accessible : la majorité de ses huiles sur toile passent en vente publique entre 150 et 1 200 €, avec des estimations de départ souvent inférieures à 500 €. C’est un marché de collectionneurs, pas d’investisseurs.
| Œuvre | Format | Estimation | Adjugé |
|---|---|---|---|
| Le manège dans le parc, huile | 33 × 41 cm | 150-200 € | 140 € |
| Drapeaux à Nice, huile | 60 × 73 cm | 400-500 € | 400 € |
| La fontaine Saint-Michel l’hiver, huile | — | 300-500 € | 625 € |
| Cathédrale de Rouen, huile | 85 × 65 cm | 300-500 € | 900 € |
| Scène de plage animée, huile | 72 × 91 cm | 400-600 € | 1 200 € |
| La place Blanche, Paris, huile | 54 × 66 cm | 150-250 € | 2 300 € |
Résultats relevés chez Millon, Drouot Estimations, Ader, Oger-Blanchet et Crait + Müller. Prix d’adjudication, hors frais.
Le chiffre qui intrigue, c’est le dernier. La place Blanche, Paris, une huile de format modeste estimée 150 à 250 €, est partie à 2 300 € chez Crait + Müller — près de dix fois l’estimation haute. Ce genre d’écart ne doit rien au hasard : sur un artiste peu suivi, il suffit de deux amateurs décidés dans la salle pour faire exploser une enchère. C’est aussi ce qui rend la cote de Savary difficile à lire.
Un facteur explique en partie l’abondance de l’offre : les deux ventes d’atelier organisées à Rouen par le commissaire-priseur Bernard d’Anjou, le 3 octobre 2004 et le 25 septembre 2005, ont remis en circulation un volume considérable d’œuvres. Le marché n’a jamais vraiment absorbé ce stock, ce qui maintient les prix bas sur les formats courants.
Où acheter ? Les ventes généralistes françaises en restent la source principale — Drouot et les études de province, en particulier normandes, où il passe régulièrement. Quelques galeries spécialisées dans la Nouvelle École de Paris, comme la galerie Serventi, proposent ponctuellement des toiles. Pour les œuvres sur papier et les lithographies Mourlot, comptez souvent moins de 150 €.
Prudence sur un point. Plusieurs artistes portent ce patronyme, dont la peintre contemporaine Magali Savary. Vérifiez systématiquement la signature, les dates (1920-2000) et, idéalement, la contresignature au dos de la toile — Robert Savary titrait fréquemment ses œuvres au revers.
À retenir
- Robert Savary (1920-2000), prix de Rome 1950 et peintre officiel de la Marine en 1987, est un coloriste de la Nouvelle École de Paris.
- Sa technique bannit le dessin : la forme se construit par la couleur et par un blanc traité comme un ton à part entière.
- Son motif de prédilection reste le paysage estival de Magagnosc, près de Grasse.
- Il a formé plusieurs générations d’élèves aux Beaux-Arts de Rouen, dont Anny Duperey.
- Cote accessible : 150 à 1 200 € pour l’essentiel des huiles, record observé à 2 300 €.
FAQ
Comment reconnaître une toile de Savary peintre ?
Cherchez trois indices convergents : une signature en bas à droite, l’absence de trait noir de contour, et une dominante claire où les blancs jouent un rôle structurant. Beaucoup de ses toiles sont contresignées et titrées au dos.
Robert Savary est-il un peintre impressionniste ?
Non, pas au sens historique. Il appartient à la Nouvelle École de Paris, un courant figuratif d’après-guerre. Mais il revendiquait l’héritage impressionniste dans son rapport à la lumière et à la touche fragmentée.
Où voir des œuvres de Savary dans un musée ?
Au musée des beaux-arts et d’archéologie de Besançon, au musée d’art moderne de Collioure, au musée Richard Anacréon de Granville (onze tableaux) et au musée de l’Hôtel-Dieu de Mantes-la-Jolie. Plusieurs fresques sont visibles dans des établissements scolaires de Normandie.
Quelle est la différence entre Robert Savary et les autres peintres nommés Savary ?
Robert Savary (1920-2000) est le plus coté et le seul présent dans les collections publiques nationales. Il ne doit pas être confondu avec Auguste Savary (1799-1874) ni avec des artistes contemporains comme Magali Savary.
Faut-il faire expertiser une toile de Savary avant de la vendre ?
Pour une huile de bon format en état correct, oui : l’écart entre une estimation de catalogue et une adjudication réelle peut dépasser un facteur dix, comme l’a montré La place Blanche. Une estimation gratuite auprès d’une étude normande, où son marché est le plus actif, constitue un point de départ raisonnable.
Savary n’a jamais eu de manifeste, pas de rupture spectaculaire, pas de légende noire. Juste cette obstination de soixante ans à vouloir prouver qu’un blanc peut être une couleur. C’est peut-être pour cela que ses toiles se vendent encore trois cents euros dans des salles de province pendant que ses fresques, elles, continuent d’éclairer des réfectoires d’écoliers qui ne connaîtront jamais son nom.

