Les œuvres d’art de Miriam Cahn bousculent le regard. Elles représentent des corps vulnérables, pris dans la guerre, la sexualité et le pouvoir. Ces créations se vendent aujourd’hui à des dizaines, parfois des centaines de milliers d’euros. D’ailleurs, elles sont au cœur d’expositions majeures en Europe et de polémiques féroces, notamment autour du tableau Fuck Abstraction! au Palais de Tokyo. Dans cet article, on va comprendre ce que racontent ces images. Pourquoi elles choquent autant. Combien elles valent et comment, très concrètement, vivre avec elles chez soi.
Ce qu’il faut retenir
- Corps vulnérables, liés à la guerre et à la domination
- Art féministe, politique, radical, assumé comme tel
- Polémiques fortes autour du tableau Fuck Abstraction!
- Marché dynamique, avec des peintures très cotées
- Œuvres possibles en déco, mais à assumer pleinement
Que représentent vraiment les œuvres d’art de Miriam Cahn ?
Les œuvres d’art de Miriam Cahn sont figuratives, mais loin du “beau” classique. On y voit :
- des corps nus ou presque,
- des visages effacés ou réduits à des formes schématiques,
- des couleurs violentes : rouges, bleus électriques, jaunes acides.
Les personnages sont souvent :
- agenouillés, entravés, frappés,
- pris dans des scènes de viol, d’accouchement, de fuite,
- perdus dans des paysages flous, presque abstraits.
L’artiste parle de vulnérabilité et de domination. La sexualité est utilisée comme une arme. Les scènes renvoient aux viols de guerre, aux violences faites aux femmes, à la condition des réfugiés.
En regardant ces œuvres, on ne “consomme” pas une image choc. On se retrouve face à une question : que fait la violence politique à nos corps ?
Qui est Miriam Cahn et comment son histoire nourrit-elle son œuvre ?
Miriam Cahn naît à Bâle en 1949, dans une famille très cultivée. Son père est marchand d’antiquités grecques, romaines et égyptiennes. Enfant, elle vit entourée d’objets d’art et d’histoires de musées.
Entre 1968 et 1973, elle étudie le graphisme à la Gewerbeschule de Bâle. En parallèle, elle s’engage dans le mouvement féministe et antinucléaire. Pour elle, l’art doit être un lieu de résistance individuelle et politique.
Au départ, elle dessine au fusain et à la craie, parfois directement sur les murs de la ville, la nuit. Elle réalise aussi des performances vidéo avec son propre corps, des sculptures monumentales en bois qu’elle détruit après les avoir photographiées.
Sa carrière prend une dimension internationale avec :
- la Documenta de Kassel au début des années 1980,
- la Biennale de Venise, où elle représente la Suisse.
Un drame personnel pèse sur sa trajectoire : le suicide de sa sœur, dépendante à la drogue. Après ce choc, elle se donne “cinq ans pour devenir vraiment artiste”. Cette décision radicale se retrouve dans la dureté de ses images et dans leur constance.
Pourquoi les œuvres d’art de Miriam Cahn provoquent-elles autant de polémiques ?
La grande exposition « Ma pensée sérielle » au Palais de Tokyo, à Paris, a cristallisé les débats. Au cœur du cyclone : le tableau Fuck Abstraction!.
La toile montre un petit corps agenouillé, mains liées dans le dos, contraint à une fellation face à une figure masculine massive, sans visage. Des associations l’accusent de véhiculer une image pédopornographique et demandent son retrait.
Le Palais de Tokyo et l’artiste défendent une autre lecture :
- la scène renvoie aux viols de guerre,
- la petite taille du personnage exprime la fragilité de la victime,
- l’œuvre dénonce l’usage de la sexualité comme crime de guerre.
Les tribunaux administratifs et le Conseil d’État autorisent le maintien du tableau, en rappelant le contexte de l’exposition et les avertissements au public. Malgré cela, un homme âgé asperge l’œuvre de peinture violette.
En réponse, le Palais de Tokyo choisit de laisser l’œuvre visible, dans son état vandalisé, jusqu’à la fin de l’exposition. L’image devient alors doublement politique : elle parle de la violence représentée… et de la violence faite à l’art lui-même.
Did you know?
Lors de cette polémique, le débat a dépassé le monde de l’art, jusqu’au président Emmanuel Macron, qui écrivait sur X : « S’en prendre à une œuvre, c’est attenter à nos valeurs ».
En ce 8 mai, où nous célébrons la victoire de la liberté, je condamne l’acte de vandalisme commis hier au Palais de Tokyo. S’en prendre à une œuvre, c’est attenter à nos valeurs. En France, l’art est toujours libre et le respect de la création culturelle, garanti.
— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) May 8, 2023
Comment les réseaux sociaux parlent-ils des œuvres d’art de Miriam Cahn ?
Sur Instagram, Facebook et YouTube, les oeuvres d’art de Miriam Cahn circulent surtout via les expositions. À l’occasion de « Reading Dust » au Stedelijk Museum d’Amsterdam (5 octobre 2024 – 26 janvier 2025), le musée poste des vues d’accrochage accompagnées de légendes évoquant “des émotions puissantes face aux violences du monde”.
À Lisbonne, le MAAT partage des vidéos de la rétrospective « What looks at us / O que nos olha » en 2025, où les corps colorés de Cahn envahissent les murs blancs du musée.
Parmi les commentaires fréquents sous ces posts :
“Hard to watch, but impossible to ignore.”
“Je n’ai jamais vu la violence représentée comme ça, ça reste en tête longtemps après la visite.”
Une story de la Bernheim Gallery, pour l’exposition « Solitude » à Londres (avril–mai 2024), résume bien le sentiment dominant : “Miriam Cahn’s images stay under your skin”. Ces réactions montrent que le public perçoit ses oeuvres comme une expérience physique et mentale, plus que comme un simple objet décoratif.
Comment Miriam Cahn s’inspire-t-elle pour créer ses images ?
L’inspiration de Miriam Cahn vient de trois grands flux :
- L’actualité
Elle suit les guerres, les crises de réfugiés, les violences sexuelles documentées dans les médias. Elle laisse ces images “sédimenter” puis les transforme en scènes non réalistes mais chargées de ces contextes. - La littérature
Elle lit beaucoup, notamment des auteurs français. Les récits, les voix, les monologues nourrissent ses figures hésitantes, ses corps qui parlent sans paroles. - Le quotidien en atelier
Elle vit dans un bâtiment en béton dans une vallée alpine, entre montagnes et route principale. L’atelier est immense, avec deux espaces :- un pour les grandes peintures,
- un pour ses œuvres graphiques.
Elle commence souvent par des dessins au sol, puis passe à la peinture à l’huile. Elle scanne certaines toiles, retravaille les impressions au crayon et les expose à côté des originaux, pour brouiller la frontière entre œuvre unique et reproduction.
Comment décorer son intérieur avec les œuvres d’art de Miriam Cahn ?
Décorer son intérieur avec les œuvres d’art de Miriam Cahn n’a rien à voir avec un paysage de salon. C’est un choix fort, presque une prise de position.
Quelques repères concrets :
- Choisir la bonne pièce
- Salon, bureau, bibliothèque ou couloir : des lieux où l’on accepte la confrontation.
- Chambre d’enfant : à éviter, sauf démarche très réfléchie et accompagnée.
- Gérer l’espace
- Prévoir du recul : ses figures ont besoin de respirer.
- Éviter les murs déjà saturés de cadres : une grande toile de Cahn supporte mal la concurrence.
- Gérer les couleurs
- Murs blancs, crème ou gris clair pour calmer la violence des teintes.
- Mobilier sobre, lignes simples, quelques matières brutes (bois, métal, lin).
Et si l’on n’a pas le budget pour une peinture ?
- On peut se tourner vers des dessins, des aquarelles, ou des multiples.
- On peut aussi intégrer son univers via des catalogues d’exposition, des affiches ou des livres d’artiste, encadrés avec soin.
Combien valent les œuvres d’art de Miriam Cahn ?
Le marché des œuvres d’art de Miriam Cahn s’est fortement dynamisé. Ses peintures sont désormais très recherchées, notamment au Royaume-Uni et dans les grandes ventes d’art contemporain.
On peut résumer les ordres de grandeur ainsi :
| Type d’œuvre | Ordre de prix moyen* | Niveau haut fréquemment observé* |
| Peinture | ~80 000 € | 500 000–600 000 € |
| Dessin / aquarelle | 10 000–15 000 € | 30 000–40 000 € |
| Estampe / multiple | 1 000–2 000 € | jusqu’à environ 3 000 € |
*Montants indicatifs, variables selon les ventes et les années.
À retenir :
- Les peintures de grand format concentrent les records.
- Les dessins offrent une entrée plus accessible sans perdre l’intensité du geste.
- Les multiples et petites estampes permettent de commencer une collection avec un budget plus limité.
Pour une estimation précise, plusieurs critères comptent :
- l’authenticité (certificats, provenance, factures de galerie),
- l’état de conservation,
- la date et la série,
- le sujet (corps, scènes de guerre, figures isolées),
- l’historique d’exposition et de publication.
Des maisons comme Millon ou d’autres spécialistes de l’art contemporain proposent des expertises gratuites en ligne ou lors de journées d’estimation.
Quelles expositions ont fait connaître Miriam Cahn ?
Plusieurs expositions clés ont fait entrer Miriam Cahn dans le “canon” de l’art contemporain européen :
- Documenta et Biennale de Venise
Sa participation à la Documenta de Kassel au début des années 1980, puis à la Biennale de Venise, l’installe sur la scène internationale. - Palais de Tokyo, Paris – « Ma pensée sérielle »
Première grande exposition monographique en institution française, avec quelque 200 œuvres : peintures, dessins, vidéos, textes, photographies. - Stedelijk Museum, Amsterdam – « Reading Dust »
Exposition prévue d’octobre 2024 à janvier 2025, autour des sentiments de colère, de peur, de perte et de pouvoir. - MAAT, Lisbonne – « What looks at us / O que nos olha »
Parcours d’environ 160 œuvres, du dessin à la vidéo, centré sur le corps comme champ de tension entre intime et politique. - Bernheim Gallery, Londres – « Solitude »
Accrochage mettant en avant des œuvres ancrées dans la pensée féministe et l’activisme, dans un cadre plus intimiste que les grands musées.
Ces expositions, très médiatisées, ont renforcé sa cote et surtout sa place dans le débat sur l’art engagé.
Que nous disent les corps peints par Miriam Cahn sur la violence ?
Les corps de Miriam Cahn semblent souvent “sans identité” : pas de traits fixes, pas de coiffure, peu de détails. Ce flou n’est pas un effet de style gratuit. Il permet à ces figures de devenir des corps collectifs.
Ces corps :
- se tordent, encaissent des coups,
- accouchent dans la douleur,
- se confondent avec la couleur du fond, comme en train de disparaître.
On voit aussi :
- des maisons-cages,
- des silhouettes portant une masse lourde sur le dos,
- des enfants maigres, rappelant certaines images de famines.
Tout cela parle de :
- guerres lointaines,
- violences sexuelles invisibles,
- systèmes de domination qui écrasent les plus fragiles.
Regarder ces corps, c’est accepter de se laisser toucher par quelque chose d’inconfortable : la part de violence que nos sociétés produisent et tolèrent, parfois en silence.
FAQ sur les œuvres d’art de Miriam Cahn
Où voir aujourd’hui des œuvres de Miriam Cahn ?
Dans des institutions comme le Stedelijk Museum à Amsterdam, le MAAT à Lisbonne, ainsi que dans des galeries spécialisées en art contemporain en Suisse, en Allemagne, en France et au Royaume-Uni.
Les œuvres de Miriam Cahn sont-elles visibles en France ?
Oui. L’exposition du Palais de Tokyo est terminée, mais des œuvres réapparaissent régulièrement dans des expositions collectives, des galeries et des foires d’art à Paris.
Les images sont-elles adaptées aux enfants ?
La plupart des institutions les signalent comme déconseillées aux mineurs en raison des scènes de violence, de nudité frontale et de sexualité. La médiation est indispensable si des adolescents visitent ces expositions.
Les polémiques ont-elles fait grimper les prix ?
Les prix montaient déjà, mais la visibilité liée aux polémiques a renforcé l’attention des collectionneurs et des maisons de vente. Les grandes peintures ont vu leurs estimations progresser.
Comment commencer une collection autour de Miriam Cahn ?
En visant d’abord :
- des dessins ou aquarelles de petit format,
- des estampes ou multiples,
- des catalogues d’exposition ou livres d’artiste, parfois signés.
Peut-on vraiment vivre avec une œuvre de Miriam Cahn chez soi ?
Oui, mais il faut accepter sa charge émotionnelle. Une œuvre de Cahn ne “décore” pas un mur : elle ouvre un débat permanent dans la pièce où elle se trouve.
